A chaque match de Raiffeisen Super League et de Brack.ch Challenge League, deux personnes mandatées par la Swiss Football League notent sur leur ordinateur portable tous les événements qui se produisent sur le terrain. Grâce à eux, les supporters de football savent, par Internet comme devant leur poste TV, quelle équipe est en possession du ballon, le score du match et la manière dont les buts sont marqués ou encore qui a commis le plus grand nombre de fautes. Les infos collectées sont transférées dans la base de données des archives en ligne «SFL Glory», où elles écrivent l’histoire du match sous forme de faits et chiffres pour l’éternité. Visite à Marco Rüede et Jürg-Peter Baumann, statisticiens de GC au Letzigrund.
On en est à la 36e minute au stade du Letzigrund entre le Grasshopper Club et Neuchâtel Xamax FCS. Les Neuchâtelois perdent la balle au milieu du terrain, les Zurichois passent à la contre-attaque. L’Autrichien Raphael Holzhauser récupère la balle et envoie en profondeur son compatriote Marco Djuricin. Son tir au but est légèrement dévié par un défenseur xamaxien, Marcis Ošs, et trouve le chemin du filet. GC 1, Xamax 0.
Dans les tribunes, Marco Rüede se lève et applaudit. Or, ce n’est pas le moment de jubiler pour ce supporter des «Sauterelles». Avec Jürg-Peter Baumann, il s’est vu, en effet, confier une mission essentielle. Il s’agit des deux statisticiens qui notent tous les événements survenant lors d’un match à domicile de GC. Leurs infos paraissent en temps quasi réel dans le «Matchcenter» de SFL.CH, dans l’appli «SFL Official» et sur les écrans TV de Teleclub. Marco s’apprête immédiatement à remplir le masque de saisie proposé par son logiciel. Il enregistre le genre de but («action de jeu»), le buteur (no 9 — Marco Djuricin), la position de l’envoi décoché (16 m — à droite), la manière de la tentative («tir du pied droit»), la position du ballon quand il a franchi la ligne ou encore le genre de l’assist («passe en profondeur»), sans oublier le nom de celui qui a délivré la dernière passe (no 26 — Raphael Holzhauser). Il ne faut qu’une dizaine de secondes pour que l’internaute soit en possession de ces renseignements et qu’il puisse même voir ce but sur son ordinateur ou son téléphone portable. Telles sont les exigences aux temps modernes du «tout en direct».
TOUT COMMENCE DANS UNE STATION DE LAVAGE AUTOS
90 minutes avant le début du match, Marco et Jürg-Peter ont l’habitude de se rencontrer au stade et s’installent dans la tribune de presse. Une heure avant le coup d’envoi, ils se procurent la composition des deux équipes, qu’ils se dépêchent de saisir sur leur PC. Il n’y plus qu’à attendre le coup d’envoi. Depuis environ quatre ans, ces deux supporters de GC, de générations différentes, suivent les matches ensemble. Ils forment l’un des 20 teams — chacun s’occupant des données d’une équipe —, qui saisissent les événements dans les deux ligues professionnelles de la SFL.
Jürg-Peter Baumann a été approché, voici huit ans, par Eugen Desiderato, alors responsable des médias aux Grasshoppers, au cours d’un… lavage de voiture. Il a accepté et a demandé à un ami, le père de Marco Rüede, de l’assister. Ce dernier acceptait à son tour et venait aux matches en compagnie de son fils, qui regardait par-dessus l’épaule de son papa, se formant peu à peu, lui aussi, aux tâches du statisticien. «C’est ainsi que je pouvais assister gratuitement aux matches», raconte Marco, insistant cependant: «les statistiques m’ont toujours intéressé.»
Aujourd’hui, c’est à Marco et Jürg- Peter de gérer les statistiques sur l’ordinateur portable fourni par la SFL, Jürg-Peter s’occupe de noter les phases de possession du ballon. Sur un clavier spécifique, il clique sur «home», si l’équipe à domicile, et sur «away», si l’équipe visiteuse est en possession du ballon et actionne le bouton «espace» quand le ballon n’est pas en jeu, après une sortie en touche, une faute ou lorsque survient une blessure ou tout autre arrêt du jeu. C’est ainsi que se détermine la possession du ballon. On en sera à 51 % pour GC à la fin du match. «En moyenne, pendant une bonne demi-heure, le ballon n’est pas en jeu», nous apprend Jürg- Peter. «J’étais étonné au début, mais cela n’a finalement rien de surprenant.»
Avec ce dispositif de saisie, les statisticiens évaluent la possession du ballon des deux équipes.
Le masque de saisie avec lequel es événements sont enregistrés.
QUAND LA COULEUR DE LA CHAUSSURE IMPORTE
En plus de noter la possession du ballon et de décrire les buts, les statistiques incluent chaque tir au but, corner, faute, carton, les remplacements ou encore les positions de hors-jeu. Les deux passent une soirée relativement tranquille, en tous cas jusqu’au premier but à la 36e minute. Ils ont même tout loisir d’échanger des infos d’actualité footballistique ou de commenter l’état de forme de leur équipe. La deuxième mi-temps sera beaucoup plus mouvementée.
Le 2–0, à nouveau inscrit par Djuricin, échappe à la sagacité de Marco Rüede. Quelques instants plus tôt, il a eu à noter une occasion de Xamax, par Kemal Ademi, dont le coup de tête n’était cependant pas cadré. Pendant que le contre rapide de GC amène le deuxième but de la soirée, Marco était toujours occupé à saisir l’occasion neuchâteloise. Mais Jürg-Peter a eu le temps d’observer l’action et rapporte l’événement à son collègue.
En outre, les statisticiens disposent d’un écran TV avec la transmission live de Teleclub et bénéficient ainsi des ralentis. «Nous comptons souvent sur le replay, en particulier quand plusieurs actions intéressantes se suivent ou que les acteurs impliqués ne sont pas clairement reconnaissables », explique Marco Rüede. «Lorsque il y a beaucoup d’agitation sur le terrain, la situation est parfois difficile à discerner, par exemple lors d’un tir au but repoussé, suivi d’un nouvel essai de conclure ou d’une faute, ce qui en fait une série d’événements en un temps restreint.» Tout ceci va au-delà d’un simple clic de souri: pour un tir au but, il s’agit d’enregistrer le genre (poteau, tir non cadré, etc), le nom du joueur, sa position et le type de tir (coup de tête ou encore tir du pied droit).
Les actions de l’équipe visiteuse représentent le plus grand défi, car les noms des joueurs leur sont moins familiers que ceux des «Sauterelles». Alors, ils ont recours à la répétition télévisée, où les numéros des joueurs sont plus faciles à repérer que de l’oeil nu. Marco Rüede a encore un autre tour dans son sac: «La couleur des chaussures peut être une indication sur son identité.» Si une situation ne peut être éclaircie, malgré deux paires d’yeux et les images TV, David Barras, responsable du contrôle de la qualité du contenu à la SFL, est d’un précieux secours. Il suit le déroulement des matches de chez lui et intervient promptement si les statisticiens peinent à voir quelque chose ou si d’aventure une erreur s’était glissée dans la saisie.
Ce n’est heureusement pas fréquent, car les deux Zurichois prennent leur travail très au sérieux et opèrent avec précision. «Autrement, les statistiques n’auraient pas de sens et nous sommes payés pour notre travail», souligne Marco. Le plaisir de suivre le match en est-il altéré? «Non», tranche Jürg-Peter, qui suit les matches de GC depuis plus de 60 ans et qui se souvient encore des matches avec Geni Meier (champion avec YB, de 1957 à 60). «Nous sommes peut-être un chouïa plus tendus que le spectateur lambda, mais cela fait partie de notre plaisir. Le football sera toujours le football!»
UNE FIN HOULEUSE
Peu de temps avant la fin de la partie, les statisticiens sont de nouveau fortement sollicités: Lindner, le gardien de GC, repousse une tentative du Xamaxien Gaëtan Karlen; reprise de Thibault Corbaz et nouvelle intervention de Lindner, à la manière d’un gardien de hockey; nouveau rebond: Jean-Pierre Rhyner, défenseur de GC, est bousculé par Pietro Di Nardo, au moment de sa reprise. Carton jaune pour le Xamaxien. Ces situations impliquent que nos deux statisticiens actionnent les boutons suivants: deux fois «tir au but» avec description, une fois «faute», sans oublier de capturer le «carton jaune». Nos deux lascars aux manettes ne sont pas perturbés pour autant. Ils maîtrisent leur pianotage du clavier jusqu’au coup de sifflet final, dûment consigné par Marco. GC a gagné 3–1. Jürg- Peter applaudit la victoire des siens. Il s’agit d’une bonne journée pour les deux statisticiens, qui ramassent leurs affaires avant d’aller trinquer à la santé des vainqueurs, puis de relire leur «oeuvre» une fois rentrés chez eux.
Ce n’est pas la fin du cycle des infos saisies par nos deux compères. Leurs données sont intégrées dans la base de données de la société de production télévisée NEP Switzerland, ainsi que dans les archives en ligne «SFL Glory», où elles entrent dans la petite histoire du football suisse. Ils resteront témoins éternels du victoire du Grasshopper Club Zurich contre Neuchâtel Xamax FCS.
STATISTIQUES EN DIRECT
Dans le Matchcenter sous SFL.CH ainsi que dans l’appli «SFL Official», la SFL fournit aux fans les informations et statistiques sur tous les matches de RSL et BCL, en temps réel pendant le match et sous forme d’archives après le match. Les données sont collectées par deux personnes dans le stade, qui enregistrent toutes les actions importantes ainsi que la possession du ballon directement dans un programme informatique spécialisé. Ils sont rémunérés par la Swiss Football League pour leurs efforts. Nous remercions tous les statisticiens pour leur travail fiable au service des fans de football.
NEAR LIVE CLIPS
Le service innovant «Near Live Clips» prépare les scènes les plus importantes d’un match sous la forme d’une vidéo en quasi-conditions du direct, afin que les supporters puissent (re)voir les buts de leur équipe sur le chemin ou dans le stade. Pour la saison 2017/18, ce service gratuit a également été introduit pour la Brack.ch Challenge League.